N°25 - JUILLET - AOÛT - SEPTEMBRE 2010  
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Jeanne Grillet
Jeanne Grillet entourée de ses petits-fils
 Jeanne Grillet entourée de ses petits-fils
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J'aimerais qu'on dise de moi : « elle a bon caractère »

Dans son appartement de la place des Moulins, en ce jour ensoleillé de printemps, nous attendait une dame dont le sourire radieux et les éclats de rire nous annonçaient une rencontre placée sous le signe de la gaieté et de la bonne humeur. Bienvenue dans l'univers de Jeanne Grillet.
Puisqu'il n'est point d'enfant sans amour, notre hôtesse souhaita d'abord nous parler de ses parents, ceux qu'elle continue, à 94 ans, d'appeler papa et maman sur un ton délicieusement affectueux. Ils formaient un couple amoureux et inséparable, dont elle et son frère Michel sont les fruits. Le père, Achile Aureglia, alors célibataire, avait pour habitude de prendre ses repas dans un petit restaurant du Port. La propriétaire souhaita lui présenter une jeune et jolie parisienne en vacances. Bien que décidé à n'accepter personne à sa table, Achille se ravisa très vite en voyant l'élégante jeune femme entrer dans l'établissement… Il l'invita à s'asseoir. Ce fut le début d'une longue vie de bonheur.

L'enfance et l'adolescence de Jeanne se déroulèrent entre Monaco, le pensionnat de Bordighera et la villa familiale de Cap d'Ail. Cette proximité avec la Méditerranée lui donna le goût de la mer, des sports nautiques, plus particulièrement de la voile et de la plongée. Autre loisir de Jeanne, la pêche, pratiquée en famille à bord d'un magnifique cotre breton - toujours amarré au port Hercule - ou sur les rochers du bord de mer avec son frère aîné.

C'est au cours de ces après-midis estivaux que Jeanne Grillet fit des rencontres extraordinaires… Son premier souvenir remonte à bien longtemps, accompagnant son frère, pour une partie de pêche. Vêtus pour lui d'un pull marin et elle d'un ensemble rouge écossais, ils aperçurent Sacha Guitry qui venait vers eux. Le célèbre auteur qui possédait une villa, Les Funambules, non loin de celle de leurs parents, demanda aux enfants « Alors pêcheurs, ça mord ? ». « Moyennement » répondit le frère. « Pouvez-vous me montrer un produit de votre pêche ? ». Le frère sortit un sar. Sacha Guitry regarda et partit. Quelques jours plus tard, au Casino de Monte Carlo, Jeanne et son frère assistaient à une représentation d'une œuvre de Guitry. A l'entracte, celui-ci vint vers eux, recula d'un pas et s'exclama d'une voix
de stentor « ça alors, mes pêcheurs… Quelle métamorphose ! ». Il faut dire que la jeune fille portait une magnifique robe longue avec un col de renard blanc et que son frère, en smoking, veillait à ce qu'elle se tienne toujours parfaitement droite !

Churchill était également un habitué du Cap Rognoso à Cap d'Ail. Il y résidait dans une élégante demeure « La Capponcina ». Pendant de longues heures, aux côtés de ses chats, il peignait les paysages offerts par la côte. Jeanne était devenue une des rares autorisées à découvrir les tableaux de son voisin britannique. A son départ en fin de saison, Winston Churchill offrit à la jeune fille ses deux chats. Une marque d'affection et de confiance qui l'avait touchée.

Quelques années plus tard, Jeanne promenait ses trois enfants en barque le long des rivages quand tout à coup une superbe jeune femme effectua un magnifique plongeon. Jeanne reconnut la Divine, Greta Garbo, et demanda à ses enfants de se taire. Son plus jeune fils s'exclama « Maman, Greta Garbo c'est la maison ou le rocher ? »… Sa fille envoya des baisers auxquels la Divine répondit, visiblement ravie de ne pas avoir été reconnue par les enfants.

De ces délicieuses rencontres, Jeanne en garde des souvenirs amusés. L'instant de quelques lignes, elle a souhaité nous les faire partager. Les paroles et les mots ont toujours entouré la vie de cette joyeuse femme, taquine et souriante, qui a écrit une pièce de théâtre et de nombreux poèmes sur la vie, l'amour et même les religieuses auprès desquelles elle a fait ses études. C'est d'ailleurs l'une d'entre elles, la mère supérieure de son internat de Bordighera qui sut prononcer la juste phrase pour décrire Jeanne Grillet : « Elle a la beauté de son âme ».
 
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