N°21 - JUILLET - AOÛT - SEPTEMBRE 2009  
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Certaines rencontres sont éminemment émouvantes. Celle à laquelle nous vous convions l'est particulièrement. Emma de Sigaldi nous a reçus en mars dernier, dans son atelier du quai Antoine Ier.
Au milieu de nombreux bronzes et marbres, la petite femme nous attendait dans son fauteuil, portant de grandes lunettes de soleil, sur un visage lisse et hâlé.
La vie d'Emma pourrait être contée selon deux grandes époques ; celle d'Emma Lackner, danseuse étoile en Allemagne et celle d'Emma de Sigaldi, artiste sculpteur à Monaco. C'est en 1954 que cette seconde vie commence, lors de son arrivée en Principauté, jeune mariée aux côtés de son époux, le comte de Sigaldi, lieutenant des Carabiniers rencontré lors d'une représentation de ballets à Baden-Baden.

Le couple s'installe dans un petit appartement de la rue Plati. La jeune danseuse découvre une nouvelle ville et un nouveau cadre, sources de son inspiration future. La proximité de la mer devient essentielle dans l'existence de l'artiste.
La Méditerranée est un symbole très fort de la nature ; sa beauté lui révèle l'expression de ses œuvres.
Emma de Sigaldi ne se contente pas d'entretenir une relation contemplative avec la mer. Depuis son arrivée à Monaco, été comme hiver, Emma descendait vers 7 heures au Larvotto pour de longues minutes de natation. C'est seulement depuis peu qu'elle ne parvient plus à se prêter à cette discipline quotidienne. Elle en parle avec ferveur : “Je me sentais bien quand la mer me touchait, je pénétrais et communiquais avec la nature… La baignade n'est pas un plaisir, c'est comme pour les gens qui prient. C'est sentir la pureté !”.

La nature est omniprésente lors de notre entretien “la beauté de la nature se ressent dans mes œuvres” affirme t-elle. Emma de Sigaldi tient également à ce que l'on évoque les animaux car elle a toujours vécu entourée de leur amour, plus particulièrement celui de ses chiens. Elle y voit un compagnon fidèle auquel elle voue parfois et sans détour plus d'amour qu'à l'homme… Une remarque qui provoque un grand éclat de rire !

Emma de Sigaldi nous parle aussi de la paix. Après la guerre, elle dit que c'est à Monaco qu'elle a pu ressentir cet état indispensable à la vie et à la création.

La plus incontournable des œuvres monégasques de cette artiste est sans conteste le “Plongeur”, qui trône depuis 1961, sur le port entre la mer et le Stade Nautique Rainier III. Emma de Sigaldi a toujours travaillé les matières nobles que sont le bronze et le marbre. A peine un dessin réalisé, elle prenait sa voiture et se rendait à Carrare ou à la fonderie de Pietra Santa en Italie.

Les mains d'Emma de Sigaldi conservent la douceur des marbres polis qu'elles ont sculptés. Avant de se quitter, sa main gauche serrée dans la mienne, Emma nous demande ce que ses œuvres nous inspirent. Sans réfléchir, nous répondons “la quiétude, la sensualité et le calme”. Touchée, elle sourit et nous rappelle qu'une de ses œuvres datant de 1995 se nomme “Le grand calme”.
 
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